Back from… At Sloane

Unique !

Longtemps Sloane Street comme le district de Kensington-Chelsea eurent les faveurs de quiconque venait à visiter la capitale anglaise comme de ses résidents. Il y avait là un parcours presque obligé entre les grands magasins Harvey Nichols et Harrod’s, les marques de luxe internationales y alignant leurs vitrines entre de vénérables institutions britanniques frappées des seaux du Royal Warrant britannique. Avant qu’Ottolenghi ne s’y installe, Daylesford Organic de Lady Bamford avait fait du quartier son terrain de jeu révélant à chacun qu’on pouvait faire rimer simplicité, gourmandise et écologie. La Saatchi gallery, quant à elle, avait prouvé au monde, bien avant d’autres, qu’institutions privées et expositions de premier ordre pouvaient faire bon ménage.

« L’heureux créateur de l’Hôtel Costes, qui réussit depuis 30 ans à encapsuler tout ce qui fait Paris en ses murs, rêvait à défaut d’implanter une annexe, de rééditer son exploit parisien à Londres »

Cela n’avait échappé à personne et encore moins à Jean-Louis Costes, le plus parisien des auvergnats, fréquentant à l’instar de tant d’autres, dans ce « borough » prisé de tous, l’incontournable Blake’s d’Anoushka Hempel. L’heureux créateur de l’hôtel éponyme, qui réussit depuis 30 ans à encapsuler tout ce qui fait Paris en ses murs, rêvait à défaut d’y implanter une annexe, de rééditer son exploit parisien. Le visionnaire, comme à son habitude, allait prendre son temps et mettre près de dix ans à donner forme à son projet avec au détour l’ambition de remettre la rue comme le quartier, en proie à un désintérêt certain, sur toutes les lèvres ou tout du moins de celles qui comptent comme il le fit pour la rue Saint Honoré en son temps.

« Baptisé en conséquence At Sloane, l’hotel imaginé par Jean-Louis Costes avec la complicité du décorateur Francois-Joseph Graf pour le compte de Lord Cadogan son propriétaire, est un modèle de discrétion vu de l’extérieur. »

Baptisé en conséquence At Sloane, l’hôtel imaginé par Jean-Louis Costes avec la complicité du décorateur Francois-Joseph Graf pour le compte de Lord Cadogan son propriétaire, est pourtant un modèle de discrétion vu de l’extérieur. Rien ne le distingue des autres façades de la rue, toutes de briques rouges. Pas plus d’enseigne, de store ou autre calicot n’en marque l’entrée toute en sobriété. Tout juste remarque t’on le liftier anonyme veillant au bon ordre devant le perron, demandant parfois aux impétrants d’éviter les photos aux abords.

« Comme le fut et le reste l’Hôtel Costes à Paris, l’important est ailleurs, à l’intérieur d’un espace aussi feutré que spectaculaire où le décor tient une place prépondérante pour ne pas dire essentielle »

Comme le fut et le reste l’Hôtel Costes à Paris, l’important est ailleurs, à l’intérieur d’un espace aussi feutré que spectaculaire où le décor tient une place prépondérante pour ne pas dire essentielle. Si Paris fut confié à sa création à un chantre du style en la personne de Jacques Garcia qui y signa l’une de ses réussites les plus exemplaires, pour At Sloane carte blanche a été donnée à un autre esthète et également collectionneur, le sémillant François-Jospeh Graf. L’homme à la discrétion légendaire, à qui l’on doit déjà le décor de la Mirande en Avignon, a livré ici une partition d’une érudition folle, convoquant un entre deux siècles allant de Vienne à Londres, à la croisée des Wiener Werkstätte et du mouvement Arts & Crafts. Véritable tour de force quand on sait que rien de ce qui fait le charme inouï de cette maison toute victorienne n’existait à l’exception de sa facade, même pas ses vitraux créés sur mesure par les maître verriers de la cathédrale de Chartres qui ne laissent pas plus deviner sa beauté intérieure que l’atmosphère singulière et chaleureuse qui y règne. Il faut en pousser la porte, en franchir le vestibule orné d’une cheminée, flanquée d’assises et de rideaux disposés en symétrie comme dans une somptueuse antichambre pour prendre possession d’un autre monde pétri de références, de cultures et d’élégances bien rares de nos jours. Il n’existe ici pas plus de réception que de bureau de conciergerie à proprement parler. Seule une grand table de salle à manger, ornée de candélabres, de livres et accessoires à offrir, trône au centre d’une pièce de contemplation et d’érudition ceinte de bibliothèques débordant d’ouvrages et d’objets d’art.

« Comme à Paris, priorité a été donnée à la mise en scène des lieux, à travers un éclairage indirect à la lueur de bougies allumées jour et nuit mettant en valeur un décor monté de toutes pièces conçu aussi bien pour impressionner que réconforter »

Comme à Paris, priorité a été donnée à la mise en scène des lieux, à travers un éclairage indirect à la lueur de bougies allumées jour et nuit mettant en valeur un décor monté de toutes pièces conçu aussi bien pour impressionner que réconforter. Voilà bien ce que l’on attend d’un lieu et a fortiori d’un hôtel réussi, savoir dépayser et rassurer à la fois, déplacer le confort d’un chez soi dans une perspective nouvelle et augmentée. Quel intérêt de voyager pour retrouver au mieux ce que l’on a déjà, ou au pire, découvrir quelque chose de moins bien ? Avec At Sloane, on ne court aucune risque. Bien sûr, on peut ne pas apprécier ou bien même comprendre ce décor marqué du seau de l’opulence et de l’éclectisme. Les capitons, rayures et imprimés panthère ornant le mobilier inspiré de William Morris et de Mackintosh ne seront peut-être être du goût de tout le monde mais si le bon goût avait l’heur d’être unanimement partagé cela se saurait.

« Où que se promène le regard dans cet At Sloane, la beauté surgit, soyons en gré à François-Joseph Graf  »

Quand la salle à manger du restaurant à l’étage, inspirée de la Peacock Room de Leyland ou des intérieurs de Victor Hugo, convoque l’Asie chère au décorateur avec une accumulation de porcelaine vert céladon et rouge sang, le rez-de-chaussée fait, quant à lui, la part belle aux poteries antiques, ces fameuses céramiques à figures rouges et noires qui nous renvoient aux décors de la Villa Kérylos. Dans les 30 chambres et suites parées de rideaux ourlés de grecques noires et dotées de mobilier inspiré par Edward William Godwin, on retrouve l’essence même du mouvement Arts & Crafts qui se voulait total, usant de toutes les formes d’expressions du mobilier à la peinture en passant par la sculpture ou les arts décoratifs, mais aussi de tous les matériaux, du bois au fer, en passant par le verre, le tissu, le laiton ou l’argent, car la beauté devait se loger partout. Certains y voyaient en leurs temps une forme d’enfermement, trouvons y ici une forme d’exigence qui nous porte bien loin des concepts tièdes et redondants habituels. Où que se promène le regard dans cet At Sloane, la beauté surgit, soyons en gré à François-Joseph Graf qui avec Jean Louis Costes n’ont pas oublié qu’un décor n’était rien si il ne venait pas servir aussi son époque et la technologie qui va avec. Au-delà du mobilier singulier, des lourds rideaux brodés, des bouquets capiteux de roses rouges et des bougies à toute heure, on trouve aussi une literie exceptionnelle et une domotique tout autant remarquable pilotant lumières, volets et musique en un claquement de doigts.

« Séjourner à At Sloane, revient à faire le choix de l’esprit plus que de la raison, d’un style qui ne renie pas le confort et qui ne cède rien à l’excellence de son propos »

Ne nous y trompons pas, At Sloane n’est ni un mausolée ni un quelconque sanctuaire célébrant une Angleterre aussi bien fantasmée que parfaitement restituée. Comme le Costes à Paris, il s’agit surtout d’un lieu de vie profondément ancré dans la ville et pensé pour accueillir tout ceux qui comptent, aussi bien dans ses chambres et suites divines, que dans son formidable bar planqué au sous sol ou dans son impeccable restaurant avec terrasse au dernier étage. Et ce Gotha d’aujourd’hui ne pouvait trouver meilleur hôte que Tariq Naseem, son excellent General Manager, qui à l’image de la maison à laquelle il préside ne saurait être dupliqué. At Sloane s’impose comme un lieu décidément unique, à vivre comme un maison, où le personnel d’une gentillesse idoine se veut à l’écoute des moindres désirs d’une clientèle aussi exigeante qu’avisée, prête à faire fi de l’absence de spa, de salle de sport, de restaurants-concepts et autres services que les palaces s’évertuent à intégrer avec plus ou moins de réussite. Séjourner à At Sloane, revient à faire le choix de l’esprit plus que de la raison, d’un style qui ne renie pas le confort et qui ne cède rien à l’excellence de son propos. Force est de constater qu’une fois de plus Jean-Louis Costes a réussi son pari.

Mots : Patrick Locqueneux

Images : Olivier Chevalier & Patrick Locqueneux

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À partir d’env. 695€/nuit

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