Back from… Villa Mabrouka

Une chance !

Mabrouka ! Autrement dit chanceuse, bénie ou félicitée. Que cette villa porte bien son nom ! L’ancienne propriété du couple mythique Saint-Laurent Bergé rachetée en 2017 par Jasper Conran n’a rien perdu de son charme et de sa puissance évocatrice. Rouverte modernisée et réenchantée six années plus tard par l’héritier de l’empire éponyme déjà propriétaire de l’Hôtel à Marrakech, cette « maison de la chance » avait pour thème à l’époque de sa création par Jaques Grange, qui en supervisa la décoration, celui d’un anglais excentrique des années cinquante venu vivre à Tanger. Ironie de l’histoire, le mythe et la réalité ont fini par se rejoindre des années plus tard.

« Que cette villa porte bien son nom ! L’ancienne propriété du couple mythique Saint-Laurent Bergé rachetée en 2017 par Jasper Conran n’a rien perdu de son charme et de sa puissance évocatrice.  »

En effet, l’anglais en question en a fait un boutique-hôtel intimiste et confidentiel fidèle à l’esprit d’une villa tout en préservant son esthétique moderniste des années 1940 teintée d’influences marocaines. Agrandie avec des pavillons disséminés dans les jardins, glissés dans les soubassement ou hissés sur le toit, la villa compte désormais 12 chambres et suites ouvertes sur une nature aussi omniprésente que spectaculaire.

« Agrandie avec des pavillons disséminés dans les jardins, glissés dans les soubassement ou hissés sur le toit, la villa compte désormais 12 chambres et suites ouvertes sur une nature aussi omniprésente que spectaculaire. »

Accessible au détour d’une des ruelles anonymes de la Kasbah de Tanger, rien ne laisserait à penser que derrière sa grille de fer forgé et son pavillon d’entrée immaculé dissimulé au milieu des fougères géantes se cache un parc luxuriant, parmi les plus grands de la ville, imaginé par Madison Cox, mêlant palmiers, bougainvilliers, plumbagos et toutes sortes de plantes exotiques plongeant vers la mer. Ce jardin, d’aspect tellement sauvage qu’on en oublierait qu’il est le fruit de la main de l’homme, faisait, tout comme celui de leur Villa Oasis à Marrakech en bordure du Jardin Majorelle, la fierté des maitres des lieux. Ils y voyaient à raison une source de sérénité souveraine. Des années plus tard, il continue de subjuguer quelque soit l’endroit dont on en prend la mesure, d’un des pavillons aménagés par Jacques Grange ou d’une des deux piscines qui les jouxtent. Le bassin central carrelé de vert près de la propriété comme la piscine creusée directement dans la roche en contrebas avec vue sur la corniche ont survécu au changement de propriétaire tout comme le toit-terrasse réaménagé et doté  d’une nouvelle suite avec vue panoramique sur le détroit de Gibraltar.

« Accessible au détour d’une des ruelles anonymes de la Kasbah de Tanger, rien ne laisserait à penser que derrière sa grille de fer forgé et son pavillon d’entrée immaculé (...) se cache un parc luxuriant qui (...) des années plus tard, continue de subjuguer quelque soit l’endroit dont on en prend la mesure »

À l’intérieur, si quelques chintz chers à Monsieur Saint Laurent ont résisté tout comme ce dialogue heureux de vert et blanc qu’il affectionnait tant, les différentes pièces ne respectent plus le credo d’origine du couturier qui avait prôné une couleur unique et différente pour chacune d’entre elles. À la place, les murs se sont habillés de paille ou de tadelakt blanc, les sols en damier noir et blanc alternent avec marbre, “zellige” et “bejmat” traditionnels. Le  mobilier s’est simplifié, juste chaulé ou tressé de rotin, les balcons et terrasses autrefois ouverts ont cédé la place à des pergolas en prise avec le jardin, le salon tout en retenue avec ses canapés et poufs simplement houssés et immaculés se veut un modèle de chic et d’élégance avec ses antiques, son lustre de Murano, son paravent de coquillages et ses tables basses marocaines monochromes. Il y manque sans doute quelques ouvrages érudits et délicatement choisis, quelques bougies parfumées pour parachever plus encore l’esprit d’une maison de bord de mer.

«  Villa Mabrouka ne saurait se résumer pour autant à l’inventaire de ses aménagements ou de ses détails décoratifs pas plus qu’à l’énumération des ruptures ou similitudes avec son illustre passé, la force du lieu réside dans sa capacité à avoir su restituer l’esprit d’une belle et grande maison privée, en dehors des modes et loin de toute ostentation. »

Mais Villa Mabrouka ne saurait se résumer pour autant à l’inventaire de ses aménagements ou de ses détails décoratifs pas plus qu’à l’énumération des ruptures ou similitudes avec son illustre passé, la force du lieu réside dans sa capacité à avoir su restituer l’esprit d’une belle et grande maison privée, en dehors des modes et loin de toute ostentation. La maison, telle qu’elle a été réinterprétée par Jasper Conran, s’apprête à traverser de nouvelles décennies avec une élégance renouvelée mais intacte. D’autres en auraient poli chaque recoin ou apporté milles sophistications supplémentaires mais Villa Mabrouka, sous l’impulsion de son directeur Luca Ravera, malheureusement parti vers d’autres aventures depuis, tient déjà quelque chose de remarquable et rare. Certes il y a encore à faire et chaque saison voit de nouveaux aménagements, mais séjourner à Villa Mabrouka revient à faire l’experience unique d’une hospitalité différente et inoubliable qu’on ne saurait saisir simplement.

« séjourner à Villa Mabrouka revient à faire l’experience unique d’une hospitalité différente et inoubliable qu’on ne saurait saisir simplement. »

On ne saurait dire ce qu’on y préfère tant tout est juste, de la lumière de Tanger, qui ne se laisse apprivoiser par aucun artifice , traversant le lieu, se jouant des voilages, épousant chaque heure du jour, de la fraicheur du hall parfumé de lys, du murmure feutré des conversations s’élevant des terrasses, des silhouettes élégantes des jardiniers taillant sans relâche, des serveurs dans leurs uniformes impeccables, en veston blanc ou gondoliers vénitiens selon les lieux, de la carte des restaurants ressuscitant les grands classiques d’une cuisine mondaine que l’on croyait oubliée, délicieuse et impeccablement servie entre nappage immaculé et argenterie raffinée, des pizzas fumantes sous les lampions avec vue imprenable sur les remparts et la Corniche, du chant des muezzins se disputant celui des colibris et des mouettes zébrant l’azur, des matins lavés de blanc, nacrés de reflets d'argent et d'or, de ce mariage entre le vert de la Méditerranée et le bleu profond de l’Atlantique.

« À VillaMabrouka, on voudrait tout saisir à la fois (...) comme si la Villa, à elle seule, se voulait le condensé d’un Pays à son meilleur. Une chance à ne pas laisser filer ! »

À VillaMabrouka, on voudrait tout saisir à la fois, cette part océanique du Maroc, cette ville couleur de craie, mythique et romanesque, assise entre deux mers, ayant inspiré de Bowles à Genet tous enivrés de mystère et de liberté, cette époque où le bon goût et l’exotisme allaient de pair mais aussi et surtout s’approprier le mythe d’un couple qui régna sur le monde de la mode et des arts et qui fit de cette demeure leur résidence estivale. Ainsi, chacun nourrit le désir de s’endormir dans la chambre d’Yves, celle de Pierre ou de Madison, ou, à défaut, dans l’une de ces autres suites qui portent le nom des villes impériales et séculaires du Maroc, comme si la Villa, à elle seule, se voulait le condensé d’un Pays à son meilleur. Une chance à ne pas laisser filer !

Mots : Patrick Locqueneux

Images : Olivier Chevalier & Patrick Locqueneux

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À partir d’env. 360€/nuit

Early check-in, late check-out selon disponibilité • surclassement selon disponibilité • petit déjeuner • accueil personnalisé

 
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