CARTON ROUGE À… LA HAVANE

On ne sait qui blâmer de l’hôtel, du pays ou de la ville ! Comme dans un match où il est parfois difficile de départager les fautifs, le cas présent fait débat.

Historique, à défaut d'être exemplaire !

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Ce carton rouge reviendrait pourtant de plein droit au groupe Kempinski qui s’apprête à ouvrir ici dès juin prochain son premier hôtel qui se veut aussi le premier 5 étoiles aux normes internationales mais pareil choix n’a pu se faire sans l’aval du gouvernement. Aussi, c’est bien à la Havane, au travers de Gaviota SA contrôlée par le régime de Cuba et qui a signé dès 2014 avec l’opérateur suisse l’ouverture de ce Gran Hotel Kempinski Manzana la Habana, qu’il nous faut décerner ce carton.

Pour ouvrir le premier Grand Hôtel de l’ère moderne dans ce pays au destin aussi exceptionnel que singulier, nous aurions rêvé meilleur candidat que celui-ci. Sa capitale ne méritait-elle pas une ouverture à la hauteur de son histoire et au diapason de ses charmes particuliers. Il faut croire que non. Comme partout ailleurs ou presque, selon un principe inexplicable, l’ouverture au tourisme ne semble vouloir se faire, au choix, que par le recours à la masse ou au nivellement du goût de ces rouleaux compresseurs que sont aujourd’hui devenus les grandes enseignes de l’hôtellerie mondiale. Comme ce fut le cas déjà, il y a quelques années de cela, où ses côtes autrefois sauvages avaient vu fleurir condominiums et autres resorts en formule tout inclus, le Manzana de Gomez n’aura pas plus résisté à l’absence de discernent de soi-disant professionnels faisant de l’ouverture au tourisme une brèche irréversible.
Malgré son classement anticipé au plus haut niveau des dits standards internationaux, cette ancienne figure de l’architecture occidentale construite entre 1894 et 1917, qui a vu défiler sous ses arcades et face au Capitole toute l’histoire de la Havane et pas seulement Chanel au printemps dernier, s’en va bientôt suivre le même principe. Ses 246 chambres nouvellement créées ne s’embarrasseront pas de ce fameux “Sense of place” pour se contenter de mobilier standardisé entre pseudo Louis XV et design italien rebattu, faux mobilier colonial ripoliné de blanc, le tout ponctué de couleurs vives du rose fuchsia au bleu lagon assorties aux éclairages d’une piscine idoine.

Voilà donc les seuls atours de ce nouvel entrant appelé à être suivi par d’autres, tout aussi peu intéressés à faire revivre le patrimoine de la ville ou son esprit. On ne peut s’empêcher d’imaginer ce que Soho House ou d’autres auraient fait de pareil lieu. L’événement aura tout du moins le mérite d’être historique, à défaut d’être exemplaire pour cet ex-fruit défendu du tourisme américain…