Back from… Aman Sveti Stefan

Faire coeur avec l’Histoire !

À l’évocation du Montenegro, surgit tel un mirage l’image de Sveti Stefan, îlot fortifié aux pierres anciennes, suspendu entre ciel et mer. Jadis humble village de pêcheurs, il demeure figé dans le souffle du XVe siècle, gardien silencieux des mémoires et des récits voyageurs. Dans les livres d’histoire comme dans les songes des promeneurs, il ne cesse de briller tel un joyau sur la mer d’azur, mémoire vivante et carte postale immuable d’un pays né des éclats de l’ex-Yougoslavie, héritier des royaumes serbe, croate et slovène. Au détour du temps, l’île se relie à la villa Milocer, résidence d’été de la reine Marie de Roumanie, puis refuge du Maréchal Tito. Entre elles, s’étire un ruban de deux kilomètres d’un rivage caressé par les vagues et les vents, aujourd’hui écrin intime et lumineux de l’Aman Sveti Stefan, là où la mer et la pierre murmurent à l’unisson des poèmes que l’on souhaiteraient éternels.

« À l’évocation du Montenegro, surgit tel un mirage l’image de Sveti Stefan, îlot fortifié aux pierres anciennes, suspendu entre ciel et mer (...) aujourd’hui écrin intime et lumineux de l’Aman Sveti Stefan, là où la mer et la pierre murmurent à l’unisson des poèmes que l’on souhaiteraient éternels »

Sur cette étroite langue de terre, la légende se mêle aux vents salins de l’Adriatique, et l’on pressent déjà que toute tentative de capturer son essence relève de l’épreuve. Là, entre le poids des siècles et l’ombre des couronnes, se dresse un havre où le passé s’invite dans chaque souffle, tandis que le présent s’égrène au rythme des saisons. Le voyage qui mène à Sveti Stefan se savoure dès l’instant où l’avion frôle les lacs et les montagnes, effleurant Skadar avant de se poser sur le tarmac modeste d’un aéroport de campagne. Mais ce n’est là qu’un prélude. Car la révélation se fait au détour des pins, des cèdres et des oliviers, gardiens immobiles d’une enclave que l’on tente de maintenir à l’écart du monde. Si la plage y menant s’encombrent de touristes, seuls quelques visiteurs, tolérés mais tenus à distance, peuvent sur rendez-vous en arpenter les allées avec un mélange de curiosité et de révérence, comme on entre dans un secret jalousement préservé. Les échos d’Amanfayun et du Palais d’été de Pékin résonnent ici, rappelant qu’Aman s’est donné pour mission d’ouvrir au monde des sanctuaires jusqu’alors inaccessibles, en faire des havres de paix et de raffinement, sans jamais trahir leur âme. Certains lieux n’ouvrent leur cœur qu’à ceux qui savent rêver.

« Aman s’est donné pour mission d’ouvrir au monde des sanctuaires jusqu’alors inaccessibles, en faire des havres de paix et de raffinement, sans jamais trahir leur âme. »

Ressuscités d’un long sommeil par Aman donc, la villa royale et son village ont retrouvé leur éclat, pierre après pierre, sous des mains patientes. De 2008 à 2012, chaque restauration fut un serment fait au passé. Lorsque les portes se rouvriront, après cinq années d’attente, ce sera comme un souffle nouveau, mêlé à l’âme intacte de l’île : un poème de pierre et d’air, offert à ceux qui acceptent de s’y perdre. Son ouverture, suspendue aux caprices des autorités, confère ainsi à Aman Sveti Stefan un prestige rare, presque initiatique. L’île, timide, ne se laisse approcher qu’aux beaux jours, alors que la villa demeure fidèle à ses hôtes tout au long de l’année. Ainsi, il conviendra de céder aux habitants le charme un peu ombrageux des six chambres solennelles de la royale Villa Milocer et des deux suites de son annexe, malgré leurs balcons perdus dans l’azur, leurs terrasses divines couvertes de glycines et la longue plage du Roi ourlant leurs abords. Car comment renoncer à l’enchantement des cinquante chambres, cottages et suites disséminés dans les maisonnettes de ce village insulaire sauvés de l’oubli et ressuscitées avec grâce par Aman ?

« décorées de simples bouquets de feuillages, de quelques fruits soigneusement disposés et d’une profusion de lampes (...) ces maisonnettes, jadis balafrées par le temps et les vents, débordent aujourd’hui de charme »

Le seul drame, au fond, est de ne pouvoir toutes les habiter à la fois. Chacune se distingue par son élégance singulière, portée par un mobilier volontairement réduit à l’essentiel, comme il sied à une humble maison de pêcheur, mais dont la beauté se fond avec la justesse de l’usage. Rendons grâce pour cela au talent de Jean-Michel Gathy, qui s’exprime ici avec une douceur et un respect inimitables. Il a su transformer ces maisons de pierre aux parquets et charpentes de bois en véritables havres de paix, ouverts tantôt sur la mer, tantôt sur les venelles ou sur la végétation grimpant le long des murs entre ombres et lumières. Les intérieurs, décorés de simples bouquets de feuillages, de quelques fruits soigneusement disposés et d’une profusion de lampes, adoucissent l’austérité apparente des lieux. Ces maisonnettes, jadis balafrées par le temps et les vents, débordent aujourd’hui de charme, à l’image des lampes tempête suspendues aux murs, aux fils tressés apparents, surprenantes au premier regard mais merveilleusement poétiques car elles réinterprètent les modèles d’époque que les femmes de pêcheurs disposaient sur le rebord des fenêtres pour guider leurs maris rentrant de leurs campagnes en mer. On aime que cette histoire traverse les siècles, comme ces petites embarcations de fortune toujours ancrées au large de la digue, s’échappant à l’aube pour relever les filets posés la veille. Alors, on se prend à rêver d’en posséder une, le temps d’un séjour, pour nager dans les eaux cristallines de l’Adriatique ou rejoindre les rivages de la villa Milocer où se situe le spa, en laissant de côté la voiture mise à disposition pour les moins téméraires.

« Tel un roman où l’intrigue se dévoile lentement, Aman Sveti Stefan se révèle à celui qui sait patienter. Ici, l’amour ne se déclare pas d’emblée : il s’insinue dans le cœur par touches successives, au détour de ruelles sinueuses »

Faisons confiance à Aman, avec cette réouverture tant attendue, pour continuer à raffiner une histoire qui semble in. Malgré les années passées, le souvenir d’Aman Sveti Stefan demeure vivace comme celui de journées trop brèves, avec encore tant à découvrir aux alentours, des Bouches de Kotor au lac Skadar, en passant par la vieille ville de Budva, la baroque Perast et la nostalgique Cetinje. Tel un roman où l’intrigue se dévoile lentement, Aman Sveti Stefan se révèle à celui qui sait patienter. Ici, l’amour ne se déclare pas d’emblée : il s’insinue dans le cœur par touches successives, au détour de ruelles sinueuses qui serpentent sur l’île, offrant à chaque pas un fragment de son mystère. Dans cette retraite, chaque élément semble jouer une partition subtile, exigeant du visiteur qu’il s’attarde à l’instar des piscines, véritables miroirs de cette poésie au nombre de trois : la première, tapie sous les lustres majestueux du spa, déployant ses 25 mètres dans une quiétude feutrée ; la seconde, glissant en demi-teinte entre intérieur et extérieur, abritée sous l’ombre naturelle d’une église ancienne, comme protégée par le temps ; la dernière enfin, perchée sur la falaise et carrelée de noir, se fond dans l’infini de la mer, où les pins se penchent pour y plonger leur reflet. Ainsi va Aman Sveti Stefan, un lieu qui se laisse apprivoiser avec lenteur, distillant son charme comme une confidence murmurée au gré du vent marin.

« Envoutant, presque ensorcelant, Aman Sveti Stefan n’a pas dit son dernier mot, il demeure et s’annonce à nouveau comme le gardien d’instants éternels, offrant à ses hôtes le privilège d’habiter la mémoire et de toucher l’éternité, entre terre et ciel, entre silence et lumière. »

Heureux en sont les hôtes des cottages et suites 38 à 41, privilégiés parmi les privilégiés, qui jouissent d’un double royaume. D’un côté, l’accès intime à la place du village, à sa taverne, au bar et aux terrasses caressées par la brise, où l’on savoure le premier café du matin sous l’ombre complice non pas d’une, mais de deux églises silencieuses. De l’autre, l’ouverture vers le restaurant principal, dominant la piscine familiale et la chapelle dédiée à Alexandre Nevski, joyau discret qui veille sur les heures ensoleillées. Ici, on se laisse volontiers captiver par l’insularité heureuse, consentant prisonnier d’un monde suspendu entre le lever et le coucher du soleil. Le spa lui-même, messager de bien-être, s’invite à la demande dans les cottages, offrant, au rythme des vagues, des massages qui semblent glisser hors du temps.Lorsque sonne, immuable, l’heure du thé sur la Piazza, on s’étonne toujours d’avoir laissé filer le jour comme un oiseau vers l’azur. Puis vient le crépuscule, accompagné des guitaristes les plus célèbres du pays, qui font vibrer les cordes au rythme du soleil déclinant. Les jardins suspendus se drapent d’or tandis que Budva scintille au loin, et les premières étoiles s’élancent dans leur ronde silencieuse. Et quand le vent se glisse dans les allées, froissant le silence, éveillant le clapotis de l’eau et l’écho des souvenirs, la magie s’installe. Ce sont alors des nuits à vivre fenêtres ouvertes, lanternes allumées, où l’histoire se mêle au songe et où les images légendaires semblent renaître, comme dans un tableau de Böcklin. Envoutant, presque ensorcelant, Aman Sveti Stefan n’a pas dit son dernier mot, il demeure et s’annonce à nouveau comme le gardien d’instants éternels, offrant à ses hôtes le privilège d’habiter la mémoire et de toucher l’éternité, entre terre et mer, entre silence et lumière.

Mots : Patrick Locqueneux

Images : Olivier Chevalier & Patrick Locqueneux

resort

À partir de 1325€/nuit

Surclassement selon disponibilité • early check-in & late check-out selon disponibilité • petit déjeuner • crédit de 100$ • accueil personnalisé

 
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