Back from… Aman Nai Lert Bangkok
Un sanctuaire urbain !
Bis repetita ! Ceux qui ont eu la chance de voir ou de faire l’expérience d’Aman New York ne seront pas dépaysés ou pris par surprise. Aman Bangkok accouplé au nom de Nai Lert, le parc qui lui sert d’écrin et nom de son illustre propriétaire, ressemble en tous points à son homologue américain. Troisième « resort »urbain de la marque après Tokyo et New York mais avant Miami, Dubai ou Los Angeles, Aman Nai Lert Bangkok ne saurait renier son modèle. Imaginé également par Jean Michel Gatty de Denniston, qui par ailleurs a aussi réalisé au même moment le Four Seasons de Bangkok sur la Chao Praya, l’établissement de 52 suites et 39 résidences a bien accouché du même trait de crayon, des mêmes points de repères et des mêmes marqueurs stylistiques tant est bien que l’on pourrait se croire, une fois les portes franchies, téléporté de l’autre côté de l’Atlantique. Sa clientèle habituée des jets d’affaires n’y trouvera rien de surprenant tant l’un comme l’autre vise la même cible et qui plus est dans le mille.
« Disposer de hubs comme New York, Tokyo, Bangkok, Miami, Singapour ou Los Angeles demain ne doit pas être vu comme une capitulation mais plutôt comme une opportunité à faire vivre chacune de ces destinations sous leur meilleur jour et avec Aman sous un jour assurément inattendu. »
Car nous nous y trompons pas. Il n’y a pas plus d’erreur que de paresse dans le fait que l’un et l’autre se ressemblent diablement. Vladislav Donoronin et son architecte savent pertinemment ce qu’ils font, n’en déplaise aux éternelles Cassandres et autres pisse-vinaigres prédisant à la marque qu’ils adulent et voue aux gémonies le pire des destins. Depuis plus de trente cinq ans, Aman a connu certes bien des vies, elle a grandi mais sans jamais grossir ni perdre son identité. La marque que tout le monde envie ou critique mais que personne ne saurait égaler a tout simplement évolué avec sa clientèle, qu’importe si entre Amanjunkies les querelles de clochers continuent à aller bon train, déplorant la perte de sa singularité au profit d’une forme de facilité ou de rentabilité apparente. Gabrielle Chanel avait coutume de dire : « pour être irremplaçable, il faut être différent ». Personne plus qu’Aman n’aura éprouvé la véracité d’un tel propos. Pour autant, l’on ne peut pas plus vivre dans l’ignorance du monde qui nous entoure que d’en anticiper les besoins. Quand on a des resorts ou plutôt des lieux disséminés dans des endroits reculés - bien qu’ils aient tendance à de moins en moins l’être à notre ère du grand raccourcissement - il faut savoir les rendre plus accessibles sans pour autant les dévoyer. Aussi disposer de hubs comme New York, Tokyo, Bangkok, Miami, Singapour ou Los Angeles demain ne doit pas être vu comme une capitulation mais plutôt comme une opportunité à faire vivre chacune de ces destinations sous leur meilleur jour et avec Aman sous un jour assurément inattendu.
« Dupliquer une recette éprouvée ne la rend pas forcément moins savoureuse et chacun sera content de la retrouver d’une table à l’autre. Il en va de même pour l’hôtellerie, à condition bien sûr de ne rien changer à la qualité, à la véracité ou à l’intelligibilité du propos. »
Dupliquer une recette éprouvée ne la rend pas forcément moins savoureuse et chacun sera content de la retrouver d’une table à l’autre. Il en va de même pour l’hôtellerie, à condition bien sûr de ne rien changer à la qualité, à la véracité ou à l’intelligibilité du propos. Quand Aman New York a ouvert ses portes et que les journalistes toujours friands de sensations l’ont proclamé à tort comme l’hotel le plus cher du monde, personne n’a vu alors la réalité du lieu comme son ambition, celle d’imposer un nouveau mètre étalon en ville et plus généralement en milieu urbain comme ce fut et reste le cas à Tokyo. Aujourd’hui, tout le monde a oublié cet épisode comme le prix d’entrée, autrefois stratosphérique, de la première de ses suites. Un prix qui parait aujourd’hui presque anodin tant ceux des concurrents n’ont eu de cesse d’augmenter alors que celui-ci a eu coeur de se contenir voire de diminuer.
« Aman Nai Lert (...) est bien et à raison l’hotel le plus cher de Bangkok mais, grandes ouvertes sur la ville, ses 52 unités n’ont aucun équivalent alentour »
Mais revenons à Bangkok et à cet Aman Nai Lert qui, quoi qu’on en dise, est bien et à raison l’hotel le plus cher de la ville. Ce n’est un secret pour personne, Bangkok demeure pourtant une des villes les plus sujettes à la compétition et l’une des plus abordables au monde. Avant que n’ouvrent coup sur coup Four Seasons, Capella puis Aman Nai Lert, les deux seuls hôtels de luxe contemporains à savoir Park Hyatt et Rosewood peinaient à afficher des prix au-delà de 500€/nuit. Si Four Seasons et Capella ont opté pour une voie médiane avec un tarif à partir d’environ 700€/nuit, Aman a d’emblée choisi de démarrer autour de 1200€/nuit. Mais pouvons nous réellement comparer les uns et les autres quand Aman décide d’inclure dans son prix, au-delà de l’excellence de son service et de son savoir faire, les aménités les plus désirables et incontournables à savoir : un service de fast track à l’aéroport, des transfert d’anthologie en BMW série 7 dernier cri, un accueil personnalisé avec minibar quotidien et champagne à discretion, l’early check-in et le late check out mais aussi le surclassement garanti dès la réservation. Il va sans dire que personne d’autre n’offre pareille expérience qui place d’emblée l’hôtel et tout séjour s’y déroulant à des niveaux de confort rarement atteints. Il en va de même des chambres ou plutôt des suites dont la plus petite affiche un petit 100m2 d’une élégance et d’un fonctionnalisme à toute épreuve. Grandes ouvertes sur la ville, dotées pour certaines de terrasses, avec une esthétique évidemment asiatique mais une identité toute thaïlandaise avec l’adjonction subtile d’éléments de design incurvés, les 52 unités d’Aman Nai Lert Bangkok n’ont aucun équivalent alentour. Inutile de parler de l’Aman Suite occupant tout le 18ème étage sur presque 600m2 avec un spa privatif aux bassins couleur obsidienne à faire pâlir d’envie nombre d’hôtels.
« Chacun retrouvera ici le meme sens du détail, de l’espace, comme le calme et le raffinement propres à toutes les maisons du groupe »
La barre a été placée très haute pour Aman Nai Lert Bangkok. Certes sa piscine n’est pas la plus grande ni sa vue la plus apaisante comme pour ses confrères sur le fleuve mais tout en lui exsude le calme et le raffinement propres à toutes les maisons du groupe où qu’elles soient. Chacun retrouvera ici le meme sens du détail, de l’espace qui préside à Amanbagh, Amanjena ou Amanzoe pour ne citer que ceux-là. Les latitudes changent mais le confort et l’élégance demeurent intactes avec toujours la même justesse de ton. Oui, il y a bien quelques digressions ou concessions à l’air du temps avec en rez-de-chaussée une boutique Aman Essentials offrant tout l’univers de la marque, une clinique by Hertitude adossée au spa pour des traitements plus invasifs et médicalisés, un « cigar lounge » à l’étage ou un club de jazz comme à New York, dont on pourra discuter la pertinence, mais à l’exception de ce dernier, le fameux « sense of place » a été respecté et décliné de milles manières entre soies tendues, impressions d’or, céramiques en majesté, formes pagodes…
« Sous couvert de sa double urbanité, Aman Nai Lert invente un nouvel art de vivre inégalé à Bangkok. Espace démultiplié, nature retrouvée et lumière inspirée donnent ici naissance à une enclave de paix et de sérénité profondément ancrée et connectée avec ses racines thaïlandaises »
D’autre part, comme pour l’ex Aman Summer Palace, Aman Sveti Stefan, Aman Kyoto, Amankora ou Aman Venice, Aman Nai Lert offre aussi une connexion supplémentaire avec l’histoire puisqu’il l’habite littéralement en dominant de sa tour élancée la canopée du parc et de la villa Nai Lert aujourd’hui transformés en musée et auxquels il offre un accès privilégié. Des expériences comme l’initiation à la boxe thaï, au pliage de fleurs de lotus ou à la fabrication de guirlandes de mouchoirs ou de jasmins y sont dispensées comme des bénédictions à l’ombre des topiaires emblématiques de ce rare poumon vert encore présent en ville. Si les arts manuels comme l’élan spirituel sont indissociables d’Aman, la nature joue ici un rôle tout aussi essentiel. Les arbres centenaires de Nai Lert sont la fierté d’Aman Bangkok. Ils se dressent dès l’entrée au rythme de la colonnade du pavillon d’accueil, transpercent littéralement la piscine ou s’invitent de manière symbolique dans les espaces communs sous la forme de bambous connectant les atriums d’un étage à l’autre ou bien encore dans le hall principal avec une impressionnante sculpture-arbre de quelques 12 mètres de haut et ornée de milliers de feuilles d’or librement inspirée par le Chamchuri légendaire du parc. Se reflétant dans un bassin étal, cette pièce déjà iconique, fait partie d’une collection d’oeuvres spectaculaires créées pour les lieux avec l’aide d’artistes thaïlandais comme cette installation de milliers de toupies surplombant la réception ou cette série de nuages en cuir artisanaux montés sur panneaux évoquant le théâtre d'ombres thaïlandais traditionnel.
« Avec Aman en Thaïlande et ce nouvel opus qui apporte la preuve que l’hôtel peut primer sur la destination, le pays n’a jamais autant mérité son surnom de Pays du sourire. »
Sous couvert de sa double urbanité, Aman Nai Lert invente un nouvel art de vivre inégalé à Bangkok. Espace démultiplié, nature retrouvée et lumière inspirée donnent ici naissance à une enclave de paix et de sérénité profondément ancrée et connectée avec ses racines thaïlandaises dont la famille Nai Lert est sans doute l’une des plus illustres représentantes. 37 ans après la création par Adrian Zeccha d’Amanpuri, premier resort de la marque et indiscutable refuge de bord de mer sur lequel nous reviendrons bientôt, Aman Nai Lert Bangkok voulu par Vlad Donorin mérite tout autant son titre de sanctuaire urbain. L’un et l’autre forment enfin un combiné absolument unique et incomparable en Asie et pourquoi pas dans le monde, dont on ne peut évidemment que se réjouir. Avec Aman en Thaïlande et ce nouvel opus qui apporte la preuve, s’il en était encore besoin, que l’hôtel peut primer sur la destination, le pays n’a jamais autant mérité son surnom de Pays du sourire.
Mots : Patrick Locqueneux
Images : Olivier Chevalier & Patrick Locqueneux
resort
À partir d’env. 1.170€/nuit
Surclassement garanti • early check-in & late check-out selon disponibilité • 100$ hotel credit • accueil personnalisé • minibar • service fast track et transferts aéroport