Back from… Odera Tinos

Ô Tinos !

Voici un objet singulier, presque énigmatique, que ce mystérieux Odera Tinos. Imaginé par l’un des architectes les plus discrets qui soient, Vangelis Bonios du Studio Bonarchi, il fut révélé avec éclat et auréolé d’un souffle d’espérance, porté par la puissance de Mariott et d’une campagne médiatique parfaitement orchestrée. Premier véritable hôtel de cette destination, il était attendu comme on attend un événement rare, avec curiosité, impatience et un soupçon de défi, chacun guettant son apparition comme on guette l’inattendu au détour du chemin.

« Voici un objet singulier, presque énigmatique, que ce mystérieux Odera Tinos (...) imaginé par l’un des architectes les plus discrets qui soient, Vangelis Bonios du Studio Bonarchi »

Il faut bien admettre qu’à l’aube de sa première saison, bien que le nouveau-né fut entouré de toutes les bonnes fées, le divin enfant ne dévoilait pas encore tous les charmes qu’on lui avait prêté. Pourtant, que de promesses recelait ce projet, à commencer par son ancrage géographique. Tinos, sans être une destination qui s’impose d’elle-même, n’en demeure pas moins singulière. Certes, l’île attire les fidèles en quête de pèlerinage marial, car elle est surnommée l’île de la Vierge par tout orthodoxe grec, mais son véritable atout réside dans sa proximité avec Mykonos : à peine quinze minutes de traversée en ferry suffisent pour en révéler la complémentarité et la douce contradiction.

«  là où Mykonos exhale la fête, le tumulte, l’abondance et l’opulence des choix, Tinos respire la rigueur, la sobriété et une spiritualité discrète »

Car là où Mykonos exhale la fête, le tumulte, l’abondance et l’opulence des choix, Tinos respire la rigueur, la sobriété et une spiritualité discrète. Elle demeure en marge du tourisme de masse, sans monuments antiques illustres ni plages innombrables, mais ses rivages rocailleux abritent çà et là des étendues de sable fin. Encore faut-il savoir s’accommoder du souffle du meltem, ce vent du nord qui, durant l’été, impose à l’île sa rudesse et sa solitude, et qui jusqu’ici l’a tenue à l’écart des foules.

« C’est là qu’Odera Tinos est apparu, tentant de combler les attentes et l’impatience de ceux trop habitués à la sainte trilogie habituelle Paros-Mykonos-Santorin. »

Celle que l’on tenait, dans les récits de la mythologie antique, pour la résidence d’Éole, semblait donc prête à révéler sa propre carte secrète. Parmi les Cyclades, cet archipel de quelque deux cent cinquante îles dont à peine vingt-quatre sont habités, rares sont celles qui savent se distinguer par l’excellence de leur hôtellerie. C’est là qu’Odera Tinos est apparu, tentant de combler les attentes et l’impatience de ceux trop habitués à la sainte trilogie habituelle Paros-Mykonos-Santorin.

« À dix minutes à peine de la Chora, après un dernier tronçon cahoteux typiquement grec, se dévoile un site qui séduit dès le premier regard. Face à l’immensité de la mer, Odera Tinos déploie sa plage privée comme un écrin secret se suffisant à lui seul »

À dix minutes à peine de la Chora, après un dernier tronçon cahoteux typiquement grec, se dévoile un site qui séduit dès le premier regard. Face à l’immensité de la mer, Odera Tinos déploie sa plage privée comme un écrin secret se suffisant à lui seul et entièrement tourné vers la contemplation. Bien que le resort ne compte qu’un unique restaurant – si l’on écarte le beach club dont l’offre s’est heureusement enrichie depuis – il s’affirme comme une véritable destination en soi. Pas de tennis ni de padel ici, mais une salle de sport lumineuse, des cours quotidiens de pilates et de yoga, ainsi qu’un spa élégant doté d’une piscine intérieure, complètent une expérience où sérénité et raffinement se conjuguent heureusement.

« Le résultat s’impose aussi étourdissant que passionnant (...) on entre et on habite la Villa Junot avec des étoiles plein les yeux, heureux de découvrir un autre Paris, inspiré et romantique, entre allegretto et appassionato, mais surtout retranscrit avec brio !  »

Ouvert dans l’urgence, à l’ombre d’une pandémie qui précipita la chute de tant d’autres, Odera Tinos n’aspirait qu’à prendre enfin son élan, à hisser les voiles, en route vers des ambitions calquées, il faut bien l’avouer, sur celles de Kalesma, autre réalisation signée de Bonarchi sur l’île voisine de Mykonos, encore et toujours érigée en modèle. Ici, l’architecte a repris le fil d’une partition douce et maîtrisée, mêlant l’épure contemporaine à l’authenticité d’un héritage grec. Les blancs et les bleus s’y répondent, le marbre, ici célébré plus qu’ailleurs, se déploie en hommage à la lumière, et la pierre, sous toutes ses formes, exprime la beauté tranquille d’un lieu qui respire l’âme des Cyclades.

« Les chambres et suites de ce resort n’ont rien à envier aux meilleures. Toutes tournées vers les flots scintillants, elles offrent un panorama exceptionnel.  »

Les chambres et suites de ce resort n’ont rien à envier aux meilleures. Toutes tournées vers les flots scintillants, elles offrent un panorama exceptionnel. Les plus classiques et pas les moins intéressantes, seulement bordées de balcons s’avèrent idéales. Celles reliées à une vaste piscine commune séduisent par leur originalité, même si elles se font plus sombres. Quant aux suites supérieures, elles déploient l’élégance ultime avec leurs piscines privées, On y aime le sens du détail voulu par Vangelis Bonio des lampes sur mesure aux céramiques chinées en passant par les objets vernaculaires savamment détournés et la sélection d’œuvres d’art contemporain parfaitement intégrées aux volumes et dialoguant avec l’architecture des lieux ici spectaculaire.

« Dans un élan de cubes imbriqués comme tombés du ciel, Odera Tinos surgit à peine de la rocaille, comme un secret enfoui dans la pierre. »

Dans un élan de cubes imbriqués comme tombés du ciel, Odera Tinos surgit à peine de la rocaille, comme un secret enfoui dans la pierre. Ses volumes, à la fois austères et poétiques, rappellent les Cyclades, mais s’érigent en un hommage brutaliste, aux pierres nues caressées par la lumière. Les lignes de l’édifice épousent les pentes qui s’abandonnent vers la mer et la plage en contrebas, où s’éparpillent des parasols en kaléidoscope noir et blanc. La piscine principale, sombre miroir à l’ombre de deux oliviers centenaires, se fond dans le relief, gardienne discrète de ce paysage minéral. Plus haut, la petite chapelle et les terrasses successives tendent leurs bras vers l’horizon, happant les rayons d’un soleil ici souverain. Sur la grande terrasse supérieure, ou depuis la piscine intérieure du spa, le crépuscule se déploie en un lent ballet de couleurs, tandis qu’au plafond, des pétales de tous les bleus semblent danser au rythme de sa lumière déclinante.

« Tinos y a gagné sa plus belle carte de visite, inespérée, tandis que Mykonos y trouve un contrepoint séduisant, dans ces Cyclades toujours avides de nouvelles échappées »

Odera Tinos pourrait se révéler tel un véritable festin des sens, bien au-delà de la simple beauté visuelle. Il lui manquait encore la plénitude d’un service à son aise et d’une cuisine sûre de son art. Gageons qu’aujourd’hui, ces promesses se sont épanouies. Quoi qu’il en soit, Tinos y a gagné sa plus belle carte de visite, inespérée, tandis que Mykonos y trouve un contrepoint séduisant, dans ces Cyclades toujours avides de nouvelles échappées.

Mots : Patrick Locqueneux

Images : Olivier Chevalier & Patrick Locqueneux

resort

À partir de 295€/nuit

Accueil personnalisé • early check-in & late check-out selon disponibilité • surclassement selon disponibilité • petit déjeuner • transferts port

 
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