Back from… Zannier Île de Bendor
Vers un nouvel âge d’or ?
Il était une fois un petit garçon dont les grands-parents bien inspirés avaient eu la clairvoyance et la chance d’établir leur villégiature dans le Sud, là où le soleil dispense ses faveurs et où chaque journée semble porter en elle la promesse d’une vie plus légère. Courtois et vif à la fois, il savait faire bonne figure en société. Aussi ces aïeux, confiants et fiers, l’emmenaient-ils volontiers lors de leurs escapades hebdomadaires dans un club au nom malicieusement choisi : « Les Milliardaires ». Non pas qu’ils le fussent eux-mêmes, mais le lieu qu’ils fréquentaient, avec la régularité d’un métronome, appartenait à l’un de ceux-là.
« Réouverte au public à l’issue de cinq années de travaux pharaoniques, l’Ile de Bendor par Zannier Hotels saurait-elle encore tenir la promesse de ces songes passés ? »
En ce temps-là, Paul Ricard régnait encore sur la région, figure omniprésente non seulement pour son anisette légendaire, mais également pour son circuit de Formule 1 et ses deux îles privées au large de Bandol : Les Embiez, la farouche et sauvage, et Bendor, intime et préservée, où ce patriarche visionnaire avait établi sa demeure familiale. Sur ce rocher jadis nu, il avait laissé son imagination vagabonder. Artiste peintre à ses heures, il en esquissa lui-même les plans et transforma l’îlot en un royaume ouvert à tous, parsemé de sculptures, d’hôtels et restaurants, d’un musée des vins et spiritueux, d’un zoo aujourd’hui disparu, d’une école de voile, d’un centre de plongée mais aussi d’un village d’artisans où résonnait la poésie du sud. Retrouver, après quarante années d’absence, celle que l’on nomma jadis « le jardin des arts de la Méditerranée » avait le goût d’une réminiscence précieuse. Réouverte au public à l’issue de cinq années de travaux pharaoniques, l’Ile de Bendor par Zannier Hotels saurait-elle encore tenir la promesse de ces songes passés ? L’imaginaire de l’enfant et celui de son illustre propriétaire se rejoindraient-ils, à nouveau, en un accord idéal ?
« Au loin, la silhouette de l’île, familière et singulière, se dresse, si proche qu’on croirait pouvoir en effleurer les contours d’un doigt rêveur »
Si la navette reliant l’île au continent est toujours partagée pour les touristes d’un jour. Pour les hôtes d’un séjour, ce sont à présent un élégant bateau en bois ou une embarcation électrique dernier cri, qui assurent la traversée. Un lounge raffiné les accueille désormais où sourit déjà une partie de l’équipe de conciergerie, attentive et bienveillante. Une belle idée, qui instille ce subtil frisson d’exclusivité et d’impatience avant le départ. Car, comme à Venise ou sur toute île qui se respecte, il existe cette magie propre à la traversée : une parenthèse fugace et précieuse, ici réduite à sept minutes à peine, mais qui suffit à faire naître l’ivresse de la découverte. La mer demeure immuable, éternelle muse aux humeurs changeantes. On y retrouve les mêmes variations de bleu, de l’azur profond au turquoise clair, des fonds poissonneux et éclatants sous la caresse du soleil. Au loin, la silhouette de l’île, familière et singulière, se dresse, si proche qu’on croirait pouvoir en effleurer les contours d’un doigt rêveur. Deux hôtels, posés tels des vigies à bâbord et à tribord, ponctuent son rivage. Au sommet, la demeure familiale, crénelée et fière, émerge des pins parasols, gardienne silencieuse de ce théâtre naturel.
« Bendor est une carte postale à elle-seule, un morceau de ce Sud auréolé d’une lumière inimitable oscillant de l’or au carmin selon l’heure. Ici, la Riviera respire, entre le chant des cigales et la douce ondulation des vagues. »
Bendor est une carte postale à elle-seule, un morceau de ce Sud auréolé d’une lumière inimitable oscillant de l’or au carmin selon l’heure. Ici, la Riviera respire, entre le chant des cigales et la douce ondulation des vagues. Ce coin de France qui a vu fleurir ces dernières années les plus belles des villégiatures, de Lily of The Valley aux Roches Rouges en passant per Cheval Blanc St Tropez ou l’Hôtel du Couvent pour n’en citer que quelques unes doit désormais compter avec Zannier Ile de Bendor. Dès que l’on pose le pied sur l’île, les métamorphoses s’offrent en filigrane, subtiles et progressives, à mesure que le regard s’accoutume. Les souvenirs affluent, s’efforçant de reconstituer l’harmonie passée, tandis que chaque nuance nouvelle s’inscrit comme dans un jeu des sept erreurs. Il est toujours heureux que l’œil ne puisse tout saisir d’un seul élan, la partition conçue par Zannier à l’instar de la végétation encore bien jeune demande du temps pour être apprivoisée. Car l’audace de ce pari réside dans la promesse faite à ses hôtes : celle de pouvoir vivre ici, suspendu entre ciel et mer, sans l’envie pressante de retrouver la terre ferme.
« l’esprit de l’île n’a pas cédé à la seule tentation du loisir. Elle conserve sa fibre artistique. »
Pour nourrir cette illusion, on a paré l’île de lieux pensés pour réjouir les sens et prolonger l’évasion. Entre le Delos, à l’est, et le Soukana, à l’ouest – deux hôtels aux univers et aux propositions distinctes dont de nouvelles annexes portent la capacité totale à un peu moins d’une centaine de chambres et suites– s’étire un sentier ponctué de découvertes. On y a même insufflé une troisième offre plus modeste de petites maisonettes, dite La Madrague, là où jadis les maisons des artisans formaient un hameau discret se prolongeant jusque sur le port qui n’a rien perdu de sa photogénie. Désormais, à l’entrée de ce dernier, de chaque côté d’une réception-conciergerie nouvellement créée, un café distille ses effluves, un caveau de dégustation rend hommage aux arômes anisés du Ricard et aux grandes cuvées des marques du groupe, un restaurant festif déjà entrevu à Minorque fait la claque autour d’’un boulodrome, tandis qu’un spa spectaculaire, flanqué de bassins intérieurs et extérieurs, s’érige en sanctuaire du bien-être. À ses côtés, un kids club signé Tartine & Chocolat, un centre nautique et sportif, plus modeste, complète l’expérience, tandis que les courts de tennis ont survécu, rejoints par un padel flambant neuf. Pour autant, l’esprit de l’île n’a pas cédé à la seule tentation du loisir. Elle conserve sa fibre artistique. Dans l’ancien théâtre, un espace d’exposition encore balbutiant esquisse ses promesses ; un atelier accueille des artistes en résidence, en attente de compères et de résonances nouvelles. Un concept store et deux échoppes artisanales, prêts à se réinventer, prolongent cette veine créative, comme un écho au murmure ancien de l’île, désormais réenchanté.
« Le renouveau de Bendor ne fait encore que murmurer son éveil (...) l’île demandera patience et persévérance avant de révéler tout son éclat. »
Le renouveau de Bendor ne fait encore que murmurer son éveil, tel les frémissements des plantations tout juste enracinées dans la terre. Comme Rome, qui ne s’érigea point en un jour, ou The NewT qui constitue sans doute le plus bel exemple de ce qu’il serait possible d’atteindre ici, l’île demandera patience et persévérance avant de révéler tout son éclat. Si l’équipe, déjà soudée et habitée d’un allant chaleureux, déploie une amabilité communicative et remarquable sous la houlette d’Emmanuel Blanchemanche, la métamorphose complète réclame encore du temps. Mais comment résister à cette ouverture qui marquera sans doute l'année et que personne ne voudrait laisser passer ? Bien sûr, on pourra regretter que certains équipements se fassent attendre, comprendre que des contraintes freinent l’achèvement du décor, ou s’attarder sur l’éclectisme du Delos, oscillant entre plusieurs époques et artifices, tentant de faire vibrer un esprit Riviera encore en devenir. La partition culinaire, parfois inégale, interroge parfois, tout comme le modèle même de cette île, où se mêlent à chaque étage aspirations populaires et désirs d’exclusivité. Car l’on connaît les limites de ce fragile équilibre pourtant cher à son fondateur, lorsque l’éventail des tarifs suscite chez certains un soupçon de ressentiment et, chez d’autres, des élans d’arrogance.
« Bendor, comme Zannier, c’est avant tout un état d’esprit comme la célébration d’une singularité »
Un autre acteur que Zannier aurait sans doute réclamé que l’île fût réservée à ses seuls pensionnaires, et n’aurait pas hésité à en lisser ou aseptiser chaque recoin. Sous l’impulsion d’Arnaud Zannier, qui s’est impliqué plus personnellement dans la conception et le design, c’est un éclectisme assumé qui s’affirme, non seulement dans une architecture extérieure parfois foisonnante et composite, mais aussi dans des intérieurs où les concepts, dispersés au départ, finissent par trouver leur propre voie et s’unifier dans une certaine harmonie. Bendor, comme Zannier, c’est avant tout un état d’esprit comme la célébration d’une singularité. Chantre d’un wabi-sabi assumé, Zannier trace depuis toujours un chemin à rebours des tendances, d’abord à Megève avec son chalet, puis avec brio dans ses resorts de Phum Baïtang au Cambodge et Baï San Ho au Vietnam. Il ose aussi le parti pris théâtral et narratif, déjà présent à l’ancienne poste de Gand et aujourd’hui encore dans ses camps d’explorateurs en Namibie. Zannier Hotels cultive l’art de se distinguer, et c’est là tout son mérite. Peut-être est-ce en raison de cette harmonie particulière avec l’esprit Zannier que Soukana nous séduit plus, et ce malgré la rigueur de son architecture. On se laisse tout d’abord séduire par sa position comme son style ancrés vers l’Orient. Ses lignes lisibles et retenues, ses jeux de textures et de lumière, procurent de l’apaisement à l’instar de son bassin de trente mètres comme de sa cuisine subtilement inspirée de l’Asie et de son petit-déjeuner healthy, aussi clivant qu’exigeant qui lui forgent un caractère assumé. Dans un monde où tous cherchent à plaire, faire preuve de singularité devient une force précieuse.
« Il y a désormais de quoi satisfaire tous les appétits sur Bendor dont l’âge d’or, à bien y réfléchir, n’est peut-être pas encore arrivé »
Il faudra donc faire preuve de patience, s’accorder un peu de temps avant de revenir sur cette île, appelée à s’ouvrir tout au long de l’année dès la prochaine saison. Alors, sans doute, pourra-t-on se réjouir des ajustements et des évolutions menés à bien, car le tarif affiché pour cette première saison, déjà fort prisée, ne laisse que peu de place à l’erreur ou à l’imprécision. À coup sûr, on s’enthousiasmera alors de nouveaux visages venant rejoindre la maison Franc 1884 dans le village des artisans ou de nouveaux pensionnaires toujours aussi talentueux sélectionnés par la galerie Orae. On cherchera à savoir lesquelles des trois cents œuvres commandées pour le projet et disponibles à la vente auront changé de mains entre temps. Mais l’on reviendra surtout tester la table de ce Grand Large, le restaurant à visée gastronomique grand ouvert sur la mer et éprouver l’expérience complète de « Résonance », ce spa holistique qui conjugue haute technologie (biorésonance, cryothérapie, dôme Iyash), bien-être (piscines, hammam, yoga, pilates) et soins d’exception signés Meditatif, Apoticari ou Augustinus Bader. Car, quelque soit l’humeur, active ou contemplative, il y a désormais de quoi satisfaire tous les appétits avec Zannier Ile de Bendor dont l’âge d’or, à bien y réfléchir, n’est peut-être pas encore arrivé. Le petit garçon d’hier a encore de quoi se tricoter de beaux souvenirs sur cette île qui n’est jamais aussi belle lorsqu’elle se pare d’or au lever comme au coucher du soleil.
Mots : Patrick Locqueneux
Images : Olivier Chevalier & Patrick Locqueneux
resort
À partir de 620€/nuit
Early check-in & late check-out selon disponibilité • surclassement selon disponibilité • crédit de 100$ • petit déjeuner • accueil personnalisé